Question orale à Monsieur Jean-Marc Delizée, Secrétaire d’Etat à la Lutte contre la Pauvreté.

Monsieur le Secrétaire d’Etat,

La pauvreté est un phénomène récurrent qui a pris de plus en plus de poids ces dernières années et qu’il convient de combattre avec toute l’énergie nécessaire.

De nombreuses couches sociales, essentiellement les personnes à bas revenus, sont touchées par ce fléau tant l’inflation et l’augmentation du coût de la vie se sont développés rapidement.

Je me réjouis donc que le gouvernement ait décidé de nommer un Secrétaire d’Etat spécialement affecté à la lutte contre la pauvreté, cela démontre sa prise de conscience du phénomène et sa volonté de prendre à bras le corps le problème.

Hier, le syndicat FGTB a publié une étude éclairante sur l’appauvrissement des travailleurs modestes en Belgique.

Aujourd’hui, il apparaît que même en travaillant, il y a des milliers de gens qui ne s’en sortent plus et qui ont de plus en plus de mal à boucler les fins de mois.  Ce sont évidemment les bas salaires qui éprouvent les plus grandes difficultés, allant parfois jusqu’à emprunter pour se payer le strict minimum (énergie, loyer, soins de santé).

Ainsi, il existe de plus en plus de « travailleurs pauvres » qui n’arrivent plus à dépenser pour des extras (voyages, sorties, cinéma…) et devenir propriétaires. Aujourd’hui, environ 20 % des travailleurs font partie de cette catégorie de gens, paupérisés malgré une vie active.

Selon la même enquête sur le pouvoir d’achat des travailleurs, près d’un actif sur 2 (47 %) estime que son pouvoir d’achat est en baisse par rapport à l’année dernière. A peine 33 % des sondés estiment que leur pouvoir d’achat est resté stable contre 7 % qui pensent qu’il a fortement augmenté. Quelque 51 % des travailleurs belges ont des difficultés financières et 37 % d’entre eux ne peuvent pas mettre un euro de côté. Le temps du salaire unique est définitivement révolu pour les ménages car près d’un travailleur sur 2 (44 %) juge indispensable que deux salaires soient la règle.

En outre, il apparaît que 35 % des sondés ont des difficultés à assurer les coûts d’éducation de leurs enfants, que 37 % n’arrivent pas à économiser, que 25 % des actifs ne peuvent pas devenir propriétaires et qu’enfin, 18 % des Belges ne partent en vacances qu’une fois par an et ont des problèmes pour payer leurs frais de transport.

C’est donc une nouvelle catégorie qui se développe de plus en plus : les travailleurs se paupérisent et ce phénomène toucherait près de 20 % des travailleurs. Ceux-ci arrivant tout juste à satisfaire leurs besoins primaires et ne pouvant pratiquement rien dépenser pour leurs loisirs ou vacances ou pire, acheter un bien immobilier.

Face à ce constat, la volonté affichée par le Gouvernement et les ambitions inscrites dans l’accord gouvernemental sont encourageants mais doivent être suivis d’actes concrets. Je songe notamment au plan ambitieux de « réduction de la pauvreté et d’augmentation du pouvoir d’achat, visant en priorité les plus vulnérables de notre société » ainsi qu’à « l’effort annuel qui doit y être consenti ».

Dès lors, Monsieur le Secrétaire d’Etat, mes questions porteront sur les points suivants :

Les leviers pour lutter contre l’appauvrissement des travailleurs étant répartis sur plusieurs départements ministériels, pouvez-vous me dire de quelle manière l’action des ministres concernés en la matière sera coordonnée ?

Le Gouvernement s’étant engagé pour que le salaire poche des travailleurs soit augmenté par une majoration du minimum imposable et des frais forfaitaires déductibles, de quelle manière allez-vous soutenir cette initiative ?

Pouvez-vous rappeler les mesures importantes pour lesquelles une discussion sera engagée avec les partenaires sociaux pour augmenter le salaire minimum ?

Dans ce cadre des négociations interprofessionnelles, soutiendrez-vous toutes les initiatives visant à ce que les salaires bénéficient d’une juste répartition des bénéfices réalisés par les entreprises ?

Face à l’inflation galopante, est-ce qu’un observatoire pour lutter effectivement contre l’envolée des prix sera rapidement mis sur pied comme indiqué dans l’accord de gouvernement ?

Enfin, toujours dans le cadre de l’amélioration du pouvoir d’achat, est-ce que des discussions avec vos collègues de gouvernement sur une baisse de la TVA sur le gaz, l’électricité et le mazout seront abordées comme le souhaitent de nombreuses associations de défense des consommateurs ?

De manière plus générale, l’idée d’un crédit social  pour les bas revenus, des sujets tels que le renforcement des contrats professionnels précaires, le blocage des loyers et l’accès à des gardes pour enfants accessibles auront-ils votre attention ?

Je vous remercie pour vos réponses.

Eric Thiébaut, Député

5 réponses
  1. lefrontalierpedibus
    lefrontalierpedibus dit :

    Blocage des loyers

    Le blocage des loyers : bon vieux refrain éculé dans la dialectique de Laurette Onkelinx ! Ce slogan, très racoleur, va-t-il ressortir à l’occasion des élections régionales ?
    S’agirait-il d’un blocage absolu ou relatif des loyers ? Plus concrètement et avec réalisme, ne devrait-on pas parler plutôt d’un contrôle des loyers dans leur caractère évolutif sous l’impulsion de l’inflation constatée par l’indice santé ? Dans cette hypothèse, déjà peu acceptable, qu’adviendra-t-il des répercussions de l’évolution de l’index ABEX du secteur de la construction pour le neuf et la rénovation ?
    Quel est le profil type du propriétaire ? Votre électorat n’est-il pas aussi composé de petits propriétaires ?
    Le troisième pilier de la sécurité sociale sous forme d’épargne pension immobilière ne fait-il pas partie des préoccupations de nombreux travailleurs ?
    Y a-t-il encore un avenir pour le secteur locatif privé ? Peut-être pour les gros propriétaires qui se constituent en « société » avec tous les avantages fiscaux dévolus à ce type de statut juridique mais, pour le reste, les petits propriétaires, il y a sérieusement matière à réflexion. Il est évident que je m’exprime dans le cadre de travaux de maintien du patrimoine effectués par entreprise et pour des habitations ou appartements ayant des revenus cadastraux crédibles. Tout le monde connaît les maisons à rallonge du Borinage qui ont toujours un revenu cadastral figé depuis 40 ou 50 ans et qui, finalement, pénalisent le fisc et les recettes communales au niveau des implications à l’IPP et qui ne constituent pas une base honnête d’étude des revenus locatifs!
    Au-delà de la présente digression, quoi de plus facile qu’un placement sur un compte d’épargne assurance du type First d’Ethias et qui rapporte facilement du 4% net sans aucun souci ! Y aura-t-il pénurie de logements locatifs dans le futur ? Le secteur public sera-t-il seul pourvoyeur de logements locatifs à charge de la société ? Grosse bouteille à encre qui nécessite des études objectives de dossiers indépendamment de toute polémique creuse et de tout populisme dogmatique.

  2. max
    max dit :

    La meilleure façon de réguler les loyers sans passer par un blocage est peut-être d’augmenter le parc locatif public via non seulement les logements sociaux mais aussi par les Agences Immobilières sociales. On peut cependant se demander si ces agences profitent d’une promotion suffisante;elles me paraissent constituer un outil à ne pas négliger

  3. lefrontalierpedibus
    lefrontalierpedibus dit :

    Les agences immobilières sociales (réponse à max).

    Qu’il y ait matière à réflexion en faveur des agences immobilières sociales et du rôle positif d’intermédiaire qu’elles peuvent jouer, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Bien de petits propriétaires âgés en arrivent souvent à être confrontés, pour des raisons fiscales ou de détériorations par vandalisme, au dilemme de vendre ou de confier la gestion de leur immobilier à ce type d’agence. Pourquoi « dilemme » et en quelque sorte une connotation négative dans la décision à prendre quelle qu’elle soit ? Toute agence immobilière sociale a certainement pour objectif premier de privilégier sa finalité sociale dans la négociation alors que le propriétaire devra tenir compte du caractère individualisé de sa situation fiscale consécutive à sa réalité patrimoniale et professionnelle. Tout gravite autour de la fiscalité des personnes physiques et si c’est pour en arriver à une rentabilité nette dérisoire, mieux vaut des bons de caisse ou tout produit bancaire du genre. Eh oui, si vous prenez l’exemple de la fiscalité en matière de valeurs mobilières, la situation est très claire et très transparente. Effectivement, là vous avez une précompte mobilier libératoire uniforme de 15% par rapport au revenu généré quel que soit son détenteur et, dans le cas des assurances vie style first d’Ethias, il n’y a même plus de fiscalisation après huit ans sur les revenus. Du côté des revenus locatifs, la situation peut varier dans des proportions très élevées pour des loyers analogues en fonction de différents paramètres : valeur du revenu cadastral lors de l’achat, profil des revenus familiaux du bailleur dans leur globalité, caractère légal ou pas des travaux d’investissement ou d’entretien, additionnels communaux à l’IPP en fonction du domicile du bailleur, actualisation ou pas du revenu cadastral en fonction des rénovations, personne physique ou personne morale dans le chef du bailleur,…). Par oubli, je ne serai certainement pas exhaustif dans mon analyse.
    Quoiqu’il en soit, il s’agit toujours d’un équilibre à rencontrer entre l’offre des bailleurs et la demande des locataires et force est de constater que cet équilibre serait plus facile à atteindre si la fiscalité était moindre pour certains propriétaires et par voie de conséquence plus équitable entre tous les propriétaires eux-mêmes. Tout devrait peut-être, d’ailleurs, commencer par des péréquations cadastrales régulières et représentatives réellement des biens mis à disposition des locataires afin de pouvoir s’orienter sur des bases objectives de comparaisons et de calculs.

  4. lefrontalierpedibus
    lefrontalierpedibus dit :

    Démonstration par l’absurde de l’archaïsme syndical !

    Merci, Messieurs les travailleurs du rail ! Au détriment des cheminots, vous venez de faire la parfaite démonstration au patronat que tout est possible si l’on s’installe dans la modernité. Télétravail (internet) et covoiturage, voilà les deux idées maîtresses du futur qui ont pris corps pour combattre la pollution et l’archaïsme syndical ! Une telle expérience, grandeur nature, ne peut qu’encourager le patronat dans son affrontement aux traditions stériles du prolétariat !
    Elio n’a-t-il pas été le premier à vanter les mérites d’internet et de sa révolution ? Faut-il toujours se déplacer physiquement sur Bruxelles pour assumer ses prestations professionnelles ? Certainement pour une enseignante mais pas pour une bonne secrétaire ! Le serpent syndical en serait-il arrivé à manger sa queue ? Faut-il investir dans le rail, sur le compte du contribuable, à fonds perdus face à cette nouvelle évolution technologique ?

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